Définition et symptomatologie du psychotraumatisme

Tout en aspirant à apporter sa contribution aux avancées de la recherche sur le psychotraumatisme, l’équipe du Centre Bertha Pappenheim souhaite simplifier et rendre accessible les ressources déjà existantes. Cela nous permettra à toutes, thérapeutes comme patientes, d’aller plus vite et plus loin. Aussi, cet article est un condensé de celui disponible sur le site Mémoire Traumatique et Victimologie, écrit par la Doctoresse Muriel Salmona, pionnière dans la compréhension du psychotraumatisme. 

Définition

La définition clinique du stress post-traumatique a soulevé et soulève encore aujourd’hui de nombreux enjeux, dont la dimension politique n’est pas à négliger. A cet égard, on cite souvent le cas des soldats étatsuniens qui se sont heurtés à de sérieuses résistances à leur retour de la guerre du Vietnam concernant la reconnaissance de l’origine traumatique de leurs troubles, résistances liées à l’enjeu d’indemnisation par l’Etat. Les victimes de violences sexistes et sexuelles sont aujourd’hui encore confrontées à des freins du même ordre, à bien plus grande échelle. Bien que nous employions la terminologie officielle de “trouble” ou d’“état” de stress post-traumatique, nous considérons avec Peter Levine le terme de “blessure de stress post-traumatique” comme plus pertinent, en ce qu’il met davantage l’accent sur l’origine du problème et est plus porteur d’espoir sur le plan thérapeutique. Nous faisons le choix de ne présenter ici que les définitions qui résonnent le plus avec notre approche holistique et thérapeutique du psychotraumatisme.

Muriel Salmona définit le psychotraumatisme comme l’ensemble des troubles psychiques immédiats, post-immédiats puis chroniques se développant chez une personne après un événement traumatique ayant menacé son intégrité physique et/ou psychique. D’autres approches, telles que celles de Peter Levine ou Bessel Van der Kolk, mettent davantage l’accent sur l’impact physiologique d’un tel événement : face à l’impossibilité de fuir ou de se défendre, l’organisme va rentrer en état de figement (appelé “immobilité tonique” ou “thanatose” chez les animaux et “sidération” chez les humain· ·es) et, si cette énergie de fuite ou combat ne peut pas être évacuée, elle va entraîner des dysfonctionnements neurologiques et physiologiques à long-terme. 

En l’absence de prise en charge, ces troubles peuvent s’installer durant des mois, des années voire toute une vie. Ils entraînent une grande souffrance, indissociablement morale et physique, liée à des réminiscences (mémoire traumatique) avec la mise en place de conduites de contrôle, de conduites dissociantes et d’hyperactivité neurovégétative (ou, plus concrètement, un état de stress chronique délétère pour la santé).

On distingue les traumatismes issus de causes non-intentionnelles (accident de voiture, catastrophe climatique, deuil, maladie…) de ceux issus de causes intentionnelles (violences d’état, institutionnelles, extra ou intra-familiales), ces derniers entraînant généralement des conséquences plus lourdes sur tous les plans.

Développement des psychotraumatismes

Les psychotraumatismes surviennent quand la situation stressante ne va pas pouvoir être intégrée par les structures cérébrales chargées de digérer les évènements vécus et de les incorporer à notre mémoire autobiographique. Les mécanismes propres au psychotraumatisme sont expliqués ici.

Les évènements qui sont susceptibles d’être à l’origine de psychotraumatismes sont ceux qui vont menacer l’intégrité physique (confrontation à sa propre mort ou à la mort d’autrui) ou l’intégrité psychique (situations terrorisantes par leur anormalité, leur caractère dégradant, inhumain, humiliant, injuste, incompréhensible). L’horreur de la situation et l’impuissance à laquelle elle réduit la personne qui y est confrontée vont être à l’origine d’un état de stress dépassé, représentant un risque vital. 

Les violences intentionnelles (dont font partie les violences sexuelles), l’impuissance, la soudaineté, l’imprévisibilité, le caractère inexplicable, monstrueux, particulièrement injuste du traumatisme représentent un risque élevé de développement de psychotraumatismes.

Différents types de psychotraumatismes

Classifications

Les deux systèmes classificatoires du traumatisme les plus reconnus par la communauté scientifique sont les suivants :

Classification de Terr (complétée par Solomon & Heide) : 

  • Traumatisme de type I : événement traumatique unique présentant un commencement net et une fin précise. Induit par un agent stressant aigu, non abusif (catastrophe naturelle, accident, etc.).
  • Traumatisme de type II :  événement répété, présent constamment ou ayant menacé de se reproduire à tout instant durant une longue période. Induit par un agent stressant chronique ou abusif (violence intrafamiliale, violence sexuelle, violence politique, faits de guerre, etc.).
  • Traumatisme de type III : événements multiples, envahissants et violents inscrits dans un long laps de temps. Induits par un agent stressant chronique (camps de prisonniers de guerre et de concentration, torture, exploitation sexuelle forcée, violence sexuelle intra-familiale, etc.).

Classification de Herman : 

  • Traumatisme simple : similaire au traumatisme de type I. 
  • Traumatisme complexe : survient dans une structure sociale qui permet la violence et l’exploitation d’un groupe subordonné (camps de concentration et de prisonniers de guerre, maisons closes, violence familiale constante, violences sexuelles durant l’enfance). Dans toutes ces situations, la victime est en état de captivité, elle ne peut fuir et se trouve sous le contrôle et la domination d’un agresseur. Le trauma complexe a comme caractéristique de survenir dans un moment clef du développement et porter atteinte à l’intégrité du soi. A rapprocher des traumatismes de type III.

TSPT et traumatisme complexe

Lorsque les symptômes sont invalidants et installés dans la durée (à partir de 1 mois après l’événement), le psychotraumatisme constitue alors un Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) ou État de Stress Post-Traumatique (ESPT), traductions de l’anglais Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD) répertorié dans la nomenclature du DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, cinquième édition, 2015). En France, une fois ce diagnostic posé par un médecin, la victime peut prétendre à des aides de la Maison Départementale pour les Personnes Handicapées

Les conséquences du traumatisme complexe dépassent celles du TPST simple dans trois domaines : les symptômes sont plus complexes, diffus et tenaces ; il donne lieu à des altérations  au niveau de la personnalité ; et, enfin, il se caractérise par une tendance à la mise en danger.

Principaux symptômes

Origines

Lors de l’événement traumatisant, notre corps a mis en place des défenses, des techniques nous permettant de survivre. Mais avoir survécu ne signifie pas que nous nous en soyons sorti·es indemnes. Parfois, même, la meilleure manière de survivre est… de ne rien faire. C’est lorsque nous n’avons pas pu agir pour échapper au danger qu’un stress post-traumatique a le plus de risques de se développer. Les symptômes qui s’expriment alors sont à comprendre comme l’expression combinée de la violence subie et de la stratégie de protection avortée.

Symptômes dits psychologiques

Ces symptômes sont majoritairement des troubles de l’humeur (dépression), des troubles anxieux, des troubles de la personnalité (dits border-line), des troubles du comportement auto-agressifs (automutilation, état suicidaire, des troubles addictifs, des troubles des conduites (conduites à risque, fugues, conduites violentes, hypersexualisation), des troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie), des troubles du sommeil et des troubles cognitifs (déficits attentionnels et de la vigilance).

Symptômes dits physiques

Associés à ces troubles d’expression psychologique peuvent se retrouver une fatigue et des douleurs chroniques (migraines, douleurs musculo-squelettiques, neurogènes…), des troubles gastro-intestinaux (nausées, troubles du transit, syndrome du côlon irritable…), génito-urinaires (cystites à répétition, arrêt ou irrégularité des règles, endométriose…), cardio-vasculaires (hypertension artérielle, palpitations…), respiratoires (asthme, bronchite chronique, dyspnée), neurologiques (épilepsie, maladies neuro-évolutives), endocriniens (troubles de la thyroïde, diabète, troubles de l’immunité), oto-rhino-laryngologiques (acouphènes, otites et angines à répétition…), dermatologiques et allergiques

Ce vaste éventail de symptômes physiques s’explique par le développement d’un syndrome inflammatoire suite à l’événement traumatisant et au stress chronique qui en résulte. Cette inflammation généralisée est causée par l’hyperactivation du système sympathique, au détriment du système parasympathique.

Une urgence de santé publique

Au total, les troubles psychotraumatiques ont de graves conséquences tant sur le plan émotionnel que cognitif et physique. S’ils ne sont pas identifiés au plus tôt et pris en charge de façon adéquate, ils peuvent se chroniciser en impactant durement la vie des victimes traumatisées sur tous les plans : à titre indicatif, il a été démontré que les personnes ayant subi durant leur enfance une combinaison de différentes formes de violences dont sexuelles voyaient leur espérance de vie réduite de vingt ans en moyenne.

C’est pourquoi nous militons activement pour la mise en place de politiques volontaristes en matière de prise en charge des victimes et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, principales pourvoyeuses de psychotraumatismes.

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